S’adapter ou résoudre ?
Il y a une confusion que nos discours économiques et politiques entretiennent avec constance : celle qui consiste à traiter l’adaptation comme une forme de solution. Chaque crise de filière produit la même réponse, il faut s’adapter. S’adapter au changement climatique. S’adapter à la compétition mondiale. S’adapter à la raréfaction des ressources. Le mot circule avec l’autorité d’une évidence naturelle. Mais l’évidence mérite d’être interrogée.
Adapter et résoudre sont deux logiques radicalement différentes. Résoudre suppose qu’il existe un état cible, on élimine le problème, on atteint l’objectif, on ferme le dossier. Adapter suppose qu’on coexiste avec le problème en modifiant son comportement. En biologie, cette logique est irréfutable : une espèce s’adapte à son environnement sans le résoudre, et c’est parfaitement fonctionnel. Transposée à l’économie et aux politiques publiques, elle devient piégeuse, parce qu’elle peut servir à rendre tolérables des situations qui exigent une transformation.
Herbert Marcuse avait nommé ce piège : les systèmes les plus stables sont ceux qui ont appris à faire adapter les individus plutôt qu’à se réformer eux-mêmes. S’adapter à la pollution plutôt que de la réduire. S’adapter à la précarité plutôt que de la corriger. S’adapter à l’épuisement des sols plutôt que de changer de modèle agricole. L’adaptation peut être une capitulation déguisée en sagesse et le fait qu’elle soit présentée comme inévitable ne la rend pas moins politique.
Evgeny Morozov a donné un nom à la variante dominante de cette logique : le solutionnisme. Dans To Save Everything, Click Here (2013), il décrit cette croyance que tout problème appelle une solution technique optimale et que la trouver suffit. Le solutionnisme n’est pas naïf : il est utile. Il maintient les investissements, rassure les travailleurs, donne du temps. Mais il a un effet pervers central : il suspend la décision de transformation réelle en la rendant toujours prématurée. On ne peut pas changer de modèle maintenant, on est sur le point de trouver la solution. Cette promesse est doublement commode : elle rassure l’investisseur sur la valeur de son actif, et elle désamorce toute demande de transformation structurelle.
Ce mécanisme n’est pas nouveau. William Stanley Jevons l’avait décrit avec précision en 1865, pour le charbon : améliorer l’efficacité d’une ressource n’en réduit pas la consommation totale, cela la rend moins chère et donc plus utilisée. C’est ce qu’on appelle aujourd’hui l’effet rebond. Nicolas Georgescu-Roegen a fourni le fondement thermodynamique de cette intuition en 1971 : la dégradation de la matière et de l’énergie est irréversible. Ce que les modèles économiques standard traitent comme une dette compensable est souvent une destruction définitive qui ne figure dans aucun bilan. La solution d’aujourd’hui accumule silencieusement les coûts de demain.
Voilà ce qu’on peut appeler une solution d’accumulation : une réponse qui fonctionne à court terme mais qui, à chaque itération, augmente la fragilité du système global et rend la transformation future plus coûteuse. Elle se reconnaît à trois signes : elle nécessite des intrants croissants pour maintenir des résultats stables ; elle crée des dépendances qui rendent le retour en arrière difficile ; elle déplace les problèmes dans le temps et dans l’espace sans les résoudre. C’est cette structure précise que l’on retrouve dans les deux cas que cette tribune examine, non comme illustrations choisies, mais comme terrains où ce mécanisme est documenté de façon indépendante.
Le système produit la logique du cadre
Pour comprendre pourquoi les solutions d’accumulation persistent aussi obstinément, il faut regarder le cadre qui les rend rationnelles. Frank Knight avait établi en 1921 une distinction décisive entre le risque calculable, assurable et l’incertitude radicale, qui échappe à tout calcul.
Les marchés financiers peuvent valoriser des actifs risqués ; ils ne peuvent pas valoriser des actifs incertains. Or dire « nous ne savons pas si ce modèle est viable dans trente ans » est une déclaration d’incertitude radicale et ferait s’effondrer la valeur des actifs d’une filière. Dire « la solution technologique va résoudre le problème » est une promesse de certitude et maintient la valorisation. Le solutionnisme est donc fonctionnellement nécessaire au capitalisme financiarisé : il transforme l’incertitude en risque gérable, et le risque en argument d’investissement.
Karl-William Kapp avait identifié le mécanisme complémentaire dès 1950 : le capitalisme transfère systématiquement ses coûts réels vers la société et la nature. Les dégradations de sol, les nappes épuisées, la précarité des travailleurs saisonniers ne figurent dans aucun bilan d’entreprise, ils sont portés par la collectivité, par les territoires, par les générations futures. Tant que ces coûts restent invisibles, le modèle paraît rentable. Karl Polanyi, dans La Grande Transformation (1944), avait nommé la condition de cet effacement : une fois que la terre et le travail sont traités comme de simples marchandises, leur dégradation devient une externalité comptable que le système peut légalement ignorer.
Mais le capitalisme n’est pas un bloc uniforme, et la rigueur impose de le dire. Le capitalisme rhénan ou scandinave a des rapports très différents à la règle collective et à la temporalité que le capitalisme financiarisé anglosaxon. Le Danemark, capitaliste, a réussi à taxer progressivement les pesticides et à soutenir la conversion agricole. La Suède, capitaliste, a conduit des transitions industrielles profondes sous pression démocratique. Ce que ces exemples montrent n’est pas que le capitalisme peut se réformer seul, c’est qu’une régulation démocratique forte, construite socialement et non imposée d’en haut, peut infléchir sa logique interne. La condition n’est pas le système économique en lui-même : c’est le rapport de forces politiques qui le contraint.
Ce que les systèmes font aux personnes
On parle souvent des filières en crise comme d’entités abstraites. Mais une filière, ce sont d’abord des gens qui se lèvent tôt, qui portent des dettes, qui ont construit leur vie autour d’un métier. En France, le taux de suicide dans la profession agricole est l’un des plus élevés parmi les catégories actives, une réalité documentée depuis plus de dix ans par la Mutuelle Sociale Agricole. Ce chiffre n’est pas une statistique abstraite : c’est le signe que quelque chose, dans les conditions réelles du travail agricole, a atteint un point de rupture que les discours sur la modernisation et la transition ne voient pas.
L’agriculteur qui achète chaque année ses semences parce que les variétés hybrides qu’on lui a vendues ne se ressèment pas, qui rembourse des machines de plus en plus coûteuses, qui voit ses revenus comprimés entre des charges fixes et des prix dictés par la grande distribution, cet agriculteur n’a pas librement choisi le modèle intensif. Il y a été entraîné par une succession de décisions individuellement rationnelles dans un cadre qui ne lui laissait pas d’autre option viable à court terme. Vandana Shiva, dans Monocultures of the Mind (1993), appelle cela la dépendance organisée : le modèle intensif ne se maintient pas parce que les agriculteurs le préfèrent, il se maintient parce qu’il a été conçu, consciemment ou non, pour être difficile à quitter.
La même logique vaut en montagne. Le saisonnier qui enchaîne depuis vingt ans les contrats de six mois dans une station, qui loue un studio en colocation parce que les loyers ont été multipliés par la pression touristique, qui n’a ni retraite solide ni perspective de poste stable, lui aussi subit un modèle qu’il n’a pas construit. Ce que Polanyi avait formulé reste d’une actualité saisissante : quand le marché traite le travail et le territoire comme de simples marchandises, ce sont les personnes qui portent les coûts réels, des coûts qui n’apparaissent dans aucun bilan.
Nommer cela impose une contrainte à toute discussion sur les transitions : on ne peut pas demander à des individus précis de porter le coût d’une transformation collective sans mécanisme de solidarité robuste. La transition juste n’est pas un supplément d’âme, c’est la condition de légitimité de toute politique de transformation. Et une réflexion sur les modèles économiques qui oublie les personnes qui y travaillent pratique, à sa façon, le même aveuglement qu’elle reproche aux systèmes qu’elle critique.
L’agriculture intensive : une réussite historique devenue solution d’accumulation
L’honnêteté intellectuelle commence par reconnaître ce que le modèle intensif a réellement accompli. Marcel Mazoyer et Laurence Roudart, dans Histoire des agricultures du monde (1997), documentent comment la révolution verte des années 1960-1970 a effectivement nourri une population mondiale en explosion démographique. Ce n’était pas une illusion : c’était une réponse à un problème réel et urgent. Critiquer ce modèle sans reconnaître cette réalité historique, c’est juger le passé avec les lunettes du présent, une posture intellectuellement malhonnête autant qu’inutile.
Ce qui a changé, c’est que ce modèle a été étendu et intensifié bien au-delà de son contexte d’origine et que chaque extension a engendré des problèmes d’ordre supérieur. L’irrigation intensive épuise des nappes phréatiques fossiles dont le renouvellement se mesure en millénaires. Les engrais azotés de synthèse ont transformé des cours d’eau et des zones côtières en déserts biologiques. La standardisation des semences a réduit la diversité génétique des cultures. La mécanisation lourde a compacté des sols dont la reconstitution prendra des décennies. Ivan Illich avait nommé ce phénomène la contre productivité : au-delà d’un seuil, un système produit l’inverse de ce pour quoi il a été conçu. Une agriculture conçue pour nourrir finit par menacer les conditions mêmes de la production alimentaire.
Pierre Rabhi, dans Vers la sobriété heureuse (2010), formule la dimension culturelle de ce basculement : on a transformé le sol vivant, patrimoine cultivé depuis des millénaires, en facteur de production substituable dont la dégradation ne compte pas dans les bilans. René Passet, dans L’Économique et le Vivant (1979), avait posé le cadre théorique : une économie qui se comprend comme séparée de la biosphère qui la rend possible travaille en aveugle à la destruction de ses propres conditions d’existence.
Des voies alternatives existent et sont documentées. Miguel Altieri, dont Agroecology: The Science of Sustainable Agriculture (1987) a fourni les bases scientifiques de l’agro écologie, montre que produire en s’appuyant sur la complexité du vivant plutôt qu’en la réduisant est possible. L’expérience danoise de taxation progressive des pesticides et d’accompagnement de la conversion agricole en est une preuve de concept à l’échelle nationale. Mais ces alternatives ont leurs limites propres : rendements souvent inférieurs à court terme, difficultés de passage à l’échelle, risque de verdissement de façade sans transformation structurelle. Ce que ces expériences enseignent n’est pas un modèle à transposer, c’est la démonstration qu’une volonté politique de contrainte progressive, construite avec les agriculteurs et non contre eux, peut infléchir une trajectoire sans rupture brutale.
Le ski industriel : quand la spécialisation a fragilisé la montagne
Même précaution historique. Le Plan Neige lancé à partir de 1964 a sorti des vallées alpines d’une vraie pauvreté rurale, créé des emplois là où il n’y en avait pas, et permis à des millions de Français d’accéder pour la première fois aux loisirs de montagne. Bernard Debarbieux, géographe spécialisé dans les politiques de montagne, a montré comment le ski a été construit comme symbole de modernité et de progrès social dans la France des années 1960. C’était une réalité vécue, pas une illusion.
Ce qui pose problème, c’est la pérennisation du modèle bien au-delà de son contexte d’origine. En concentrant toute l’économie de ces territoires sur un seul produit saisonnier, le Plan Neige a progressivement éliminé le reste : l’artisanat, l’élevage, l’agriculture de montagne, les savoir-faire locaux transmis sur plusieurs générations. Werner Bätzing, géographe dont le travail sur les Alpes constitue la référence académique européenne sur ces transformations, a documenté comment cette logique de spécialisation, inspirée des économies d’échelle capitalistes, a produit des territoires à haute rentabilité par beau temps et à haute vulnérabilité structurelle dès que la neige manque.
Le changement climatique fragilise aujourd’hui ce modèle de façon irréversible. Les données scientifiques convergent : l’enneigement naturel des Alpes est en recul durable, particulièrement en dessous de 1 500 à 1 800 mètres. La réponse du secteur, les canons à neige, est une solution d’accumulation au sens exact : elle consomme des volumes d’eau importants dans des territoires déjà sous pression hydrique, coûte de plus en plus cher à faire fonctionner, et crée une dépendance nouvelle qui rend les stations encore plus fragiles quand les conditions ne permettent plus même cette solution palliative. Philippe Bourdeau, chercheur à l’Université Grenoble-Alpes spécialisé dans les transitions touristiques, observe que les territoires les plus exposés sont précisément ceux qui ont le plus liquidé leur diversité économique au profit de la spécialisation ski.
Derrière ce mécanisme, il y a des gens. Le pisteur dont le domaine ferme progressivement. La famille dont le commerce de location de skis représente trente ans de travail. L’élu local dont la commune dépend à 80 % de la taxe de séjour. Ces personnes ne sont pas les auteurs du modèle, elles en sont les dépendants. Et c’est précisément pourquoi toute discussion sur la transformation de ce modèle doit commencer par leur réalité, pas par des abstractions systémiques.
Le modèle alpin suisse et autrichien est souvent cité comme contre-exemple de résilience. Les travaux de Bätzing montrent effectivement que ces pays ont mieux préservé la diversité de leur tissu économique, agriculture de qualité labellisée, artisanat, tourisme en toutes saisons, gastronomie locale, ce qui leur confère une résistance structurelle aux chocs. Mais ce modèle a ses propres fragilités : certaines stations sont devenues des enclaves de luxe inaccessibles aux populations locales dont les loyers ont explosé ; la dépendance au tourisme international reste structurelle ; et la résilience de ces économies repose en partie sur des rentes institutionnelles, neutralité politique, stabilité monétaire, accumulation historique de capital qui ne se transplantent pas par décret. Ce n’est pas un modèle à reproduire : c’est une règle simple, ne pas sacrifier la diversité économique d’un territoire à la rentabilité immédiate d’un seul produit.
Ce que la transformation exige : trois conditions concrètes
Si les solutions d’accumulation persistent aussi obstinément, c’est que nos institutions ne sont structurellement pas équipées pour décider autrement. Nicholas Stern l’a montré dans son rapport de 2006 sur l’économie du changement climatique : nos calculs économiques traitent les coûts futurs comme s’ils valaient beaucoup moins que les profits présents. Un euro de dégât dans trente ans pèse très peu face à un euro de profit aujourd’hui. Cette règle du jeu rend structurellement impossibles les décisions de long terme. Herman Daly, dans Steady-State Economics (1977), avait formulé la limite : on ne peut pas détruire indéfiniment du capital naturel en croyant le compenser par de la création financière. À un moment, ce qui a été détruit ne peut plus être remplacé par aucune somme d’argent. Hans Jonas, dans Le Principe responsabilité (1979), avait formulé la règle de décision correspondante : face à des risques irréversibles, mieux vaut exagérer la prudence que sous-estimer le danger.
Traduire ces exigences en politique concrète suppose trois transformations que nos institutions maîtrisent mal.
La première est de rendre visibles les coûts cachés, dégradation des sols, épuisement des aquifères, précarité des saisonniers, destruction des savoir-faire locaux. Des outils existent, comptabilité du capital naturel, évaluation des externalités sociales, mais ils restent marginaux parce que les rendre obligatoires menaçerait les rentabilités apparentes de nombreuses filières.
La seconde est d’organiser les transitions avec ceux qui en supportent le coût. Une politique de transformation qui se décide sans les agriculteurs, sans les travailleurs saisonniers, sans les élus locaux concernés est une politique qui échouera, non parce que les gens sont irrationnels, mais parce qu’on leur demande de porter seuls le coût d’une décision collective.
La troisième est de construire des contre-pouvoirs capables de résister à la prochaine promesse technologique, capables de poser, avant chaque investissement massif, la question que le marché ne pose jamais spontanément : cette solution déplace-t-elle vraiment le problème, ou l’accumule-t-elle pour plus tard ?
Et nous, dans tout ça ?
Cette tribune serait trop confortable si elle ne posait pas cette question directement. Nous consommons des produits issus de l’agriculture intensive parce qu’ils coûtent moins cher. Nous achetons des forfaits de ski sans nous demander combien de mètres cubes d’eau ont servi à fabriquer la neige que nous skions. Nous plaçons notre épargne dans des fonds qui financent des filières dont nous critiquons le modèle. Nous votons pour des élus qui promettent de défendre des emplois dans des secteurs structurellement épuisés.
Ce n’est pas une accusation, c’est un constat partagé. Les individus font des choix rationnels dans des cadres qu’ils n’ont pas construits seuls. Mais ces cadres se maintiennent aussi parce que les demandes sociales pour les faire bouger restent insuffisantes. Cornelius Castoriadis l’avait formulé : tant qu’une société traite la croissance et la consommation comme des nécessités naturelles plutôt que comme des constructions culturelles, les questions de fond restent politiquement inaudibles. Les institutions ne se réforment pas seules, elles se réforment parce que des citoyens, des syndicats, des associations, des élus locaux rendent certaines décisions politiquement nécessaires.
La question n’est donc pas seulement de savoir ce que les institutions doivent faire. Elle est aussi de savoir ce que chacun d’entre nous, dans ses choix quotidiens et ses engagements collectifs, contribue à rendre possible ou impossible.
Qu’est-ce que cela nous dit de ce qui est possible ?
Jean-Baptiste Fressoz nous rappelle dans L’Apocalypse Joyeuse (2012) que les sociétés industrielles n’ont pas ignoré les risques qu’elles prenaient. Elles ont choisi de continuer. Ce choix n’était pas irrationnel : il était rationnel dans le cadre qui structurait les décisions. Et c’est précisément cela qui rend la situation difficile, non pas l’ignorance ou la mauvaise volonté, mais la puissance du cadre.
Car voici ce que la longue durée enseigne. Jevons décrit l’effet rebond en 1865. Polanyi analyse la marchandisation destructrice en 1944. Georgescu-Roegen formalise l’irréversibilité thermodynamique en 1971. Illich théorise la contre productivité en 1973. Fressoz documente que les sociétés savaient en 2012. Entre le premier avertissement et aujourd’hui, il s’est passé cent cinquante ans et le mécanisme qu’ils décrivent tous, sous des angles différents, est toujours à l’œuvre. Les sols continuent de se dégrader. Les nappes continuent de s’épuiser. Les canons à neige continuent de tourner.
Cette persistance n’est pas un argument pour le découragement. Elle est un argument pour l’honnêteté. Et l’honnêteté impose de poser la question que cette tribune a tournée autour sans jamais la formuler directement :
Si ce mécanisme est observable et documenté depuis cent cinquante ans, et que les sociétés ont continué malgré tous les avertissements, qu’est-ce que cela nous dit sur ce qui est réellement possible ? Est-ce que la connaissance du problème est suffisante pour produire le changement ? Ou existe-t-il des forces structurelles, économiques, politiques, psychologiques, culturelles, suffisamment puissantes pour que la lucidité seule ne suffise pas, et que quelque chose d’autre soit nécessaire que nous n’avons pas encore su nommer ?
Cette question n’est pas rhétorique. Elle ne prépare pas une réponse que l’on aurait en réserve. Elle est la question réelle, celle que les filières épuisées, les agriculteurs en détresse, les saisonniers de montagne sans avenir stable et les élus locaux démunis posent, à leur façon, chaque jour. Y répondre sérieusement supposerait non seulement de changer les règles du jeu économique, mais de comprendre pourquoi ces règles résistent si obstinément au changement malgré un siècle et demi de démonstrations de leur insuffisance.
